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Publié par clarisse kitchen

 

 

Un problème technique passager nous prive de photo...place à la lecture !

 

 

A la faveur de cette chaleur accablante, je décide de partager avec vous un poème d'Anna de Noailles, qui au-delà de résonner en moi depuis de nombreuses années, magnifie l'instant de l'été dressant avec magie les indéfectibles liens d'un verger et de l'été, vecteurs de sérénité.

 

J'ai par le passé, déjà évoqué ce poème. Je ne me repens pas de cette répétition, car comme au moment de se resservir d'un plat qu'on aime, je suis conviancue que la répétition en cuisine est un plaisir multiple dont nous aurions tort de nous priver !

 

 

Anna de Noailles

Le Verger

   

Dans le jardin, sucré d’œillets et d’aromates,
Lorsque l’aube a mouillé le serpolet touffu,
Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates,
Chancellent, de rosée et de sève pourvus,
 
Je viendrai, sous l’azur et la brume flottante,
Ivre du temps vivace et du jour retrouvé ;
Mon cœur se dressera comme le coq qui chante
Insatiablement vers le soleil levé.
 
L’air chaud sera laiteux sur toute la verdure,
Sur l’effort généreux et prudent des semis,
Sur la salade vive et le buis des bordures,
Sur la cosse qui gonfle et qui s’ouvre à demi ;
 
La terre labourée où mûrissent les graines
Ondulera, joyeuse et douce, à petits flots,
Heureuse de sentir dans sa chair souterraine
Le destin de la vigne et du froment enclos.
 
Des brugnons roussiront sur leurs feuilles, collées
Au mur où le soleil s’écrase chaudement ;
La lumière emplira les étroites allées
Sur qui l’ombre des fleurs est comme un vêtement.
 
Un goût d’éclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon,
Midi fera flamber l’herbe silencieuse,
Le jour sera tranquille, inépuisable et long.
 
Et la maison, avec sa toiture d’ardoises,
Laissant sa porte sombre et ses volets ouverts,
Respirera l’odeur des coings et des framboises
Éparse lourdement autour des buissons verts ;
 
Mon cœur indifférent et doux aura la pente
Du feuillage flexible et plat des haricots
Sur qui l’eau de la nuit se dépose et serpente
Et coule sans troubler son rêve et son repos.
 
Je serai libre enfin de crainte et d’amertume,
Lasse comme un jardin sur lequel il a plu,
Calme comme l’étang qui luit dans l’aube et fume,
Je ne souffrirai plus, je ne penserai plus,
 
Je ne saurai plus rien des choses de ce monde,
Des peines de ma vie et de ma nation,
J’écouterai chanter dans mon âme profonde
L’harmonieuse paix des germinations.
 
Je n’aurai pas d’orgueil, et je serai pareille,
Dans ma candeur nouvelle et ma simplicité,
À mon frère le pampre et ma sœur la groseille
Qui sont la jouissance aimable de l’été ;
 
Je serai si sensible et si jointe à la terre
Que je pourrai penser avoir connu la mort,
Et me mêler, vivante, au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par les corps.
 
Et ce sera très bon et très juste de croire
Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareils,
Et que mon cœur, ardent et lourd, est cette poire
Qui mûrit doucement sa pelure au soleil...

 

 

Ce poème me plonge dans le songe éveillé d'une maison qui sera peut être la mienne un jour.

Cette maison je la connais déjà tant elle s'impose à moi comme le soleil plaque une ombre. 

Elle sera notamment le territoire d'un avocatier, d'un noyer, d'un mirabellier. Elle soufflera sa bienveillance sur les herbes aromatiques, les légumes, les cassis.

Les fourmis parcourront les quelques mettres de la cuisine au cellier avec vigueur afin de s'enivrer d'un pot de gelée de groseilles mal refermé.

Cette maison, innondée de cuisine, marquera chaque jour d'un souffle de vie. Elle donnera à nos cœurs le la.

 

 

 

 

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